Aborder un texte poétique: approche sur le sonnet VIII de Louise Labé

Séquence 1 : la lyrique amoureuse au fil des siècles et des mouvements

 

 

                                 Séance 1 Etude du poème « je vis, je meurs » Sonnet VIII de Louise Labé

 

Objectifs :

- convoquer les acquis sur le genre (strophe, vers, rime, sonnet…)/ apprendre à réagir activement face à un texte poétique

- maîtriser le registre lyrique

- développer les aptitudes analytiques/ approfondissement de la méthode de la lecture analytique.

 

I – Observons initialement le paratexte :

L’auteur est une femme appartenant au XVI° (1555). Le texte est annoncé comme un sonnet, une forme poétique fixe donc.

On peut déduire de ce paratexte que le texte appartient à la Renaissance (Ecole Lyonnaise) et qu’il émane d’une femme d’exception dans la mesure où les auteurs de sexe féminin sont encore rares à cette époque.

Cf. doc annexe sur Louise Labé, l’Ecole Lyonnaise et le sonnet.

Face à un texte il convient de se poser certaines questions préalables : qui est l’auteur ? à quel mouvement appartient-il ? Quel est le genre du texte ? Sa date de composition ?

Ici nous nous trouvons devant un texte appartenant au genre poétique (typographie, rimes…). Le paratexte nous renseigne sur la forme poétique : un sonnet composé donc de 4 strophes (groupement de vers séparé des autres par un blanc typographique et qui constituent généralement une unité sémantique et/ ou syntaxique). Ces strophes sont des quatrains (groupe de quatre vers) et des tercets (groupes de 3 vers). Les vers sont des décasyllabes.

Rappel sur les rimes :

- rimes plates ou suivies : aa/bb

- rimes embrassées : abba

- rimes croisées : ababa

Il convient ensuite de procéder à une première lecture et de s’interroger sur le titre, lorsqu’il y en a un.

Le thème dominant est l’amour et on peut constater la présence de la 1ère personne. On peut donc parler de registre lyrique. Attention le JE n’est pas forcément le poète (pas autobiographie).

Qu’est-ce qu’un registre ? Le registre est l’effet recherché par l’auteur et les moyens mis en œuvre pour y parvenir (ex s’il s’agit de condamner une idée ou un fait de société je peux dénoncer à l’aide du registre polémique, je peux chercher à faire rire et recourir au registre comique, je peux me moquer avec le registre satirique…).

Qu’est-ce que le registre lyrique ? C’est le registre utilisé pour l’expression des sentiments, souvent à la 1ère personne. L’auteur cherche à faire partager ses sentiments intimes au lecteur, sentiments qui peuvent avoir une valeur générale. Ce registre repose sur différents procédés : intonation et rythme, ponctuation expressive, termes intensifs (hyperboles), champs lexicaux des sentiments, de l’affectivité.

On le voit, le registre permet de dégager des pistes : champs lexicaux, figures de style et procédés …

Il faut observer le mouvement, la structure, la composition du texte :

Les 2 quatrains évoquent les manifestations concrètes et physiques de l’amour, mais l’amour n’est pas encore nommé (dimension énigmatique du poème).

Les 2 tercets évoquent cette question sous un angle plus intellectuel : il est question des erreurs de l’amour.

Le v 9 est essentiel dans la mesure où il assure le lien entre les deux mouvements avec le connecteur AINSI.

On peut donc s’aider du repérage des champs lexicaux :

Champ lexical de la vie et du plaisir : je vis 1 ; la vie 3 ; joie 4 ; je ris 5 ; plaisir 6 ; je verdoie 8 ; hors de peine 11 ; ma joie 12, désiré heur 12 …

Champ lexical de la souffrance et de la mort : je meurs 1 ; je larmoie 5 ; grief tourment j’endure 6 ; je sèche 8 ; douleur v 10 ; mon premier malheur 14 ; me noie 1 ; en endurant froidure 2 ; grands ennuis 4.

On constate que le poème est construit sur une antinomie fondamentale entre plaisir et souffrance, bonheur et malheur. Ceci met en évidence la dualité du sentiment amoureux.

On peut ensuite repérer les figures de style :

- antithèses : ex « La vie m’est et trop molle et trop dure »/ « Tout en un coup je sèche et je verdoie »

- hyperboles : chaud extrême, maint grief tourment= : évocation d’états paroxystiques.

- Métaphores (parfois avec les éléments) « je me brûle et me noie » / « je sèche et je verdoie »

- Allégorie : Amour v9

Vous pouvez observer la ponctuation, la syntaxe, les verbes (voix, temps, valeurs des temps) :

- les verbes sont au présent de l’indicatif : présent parfois itératif qui tend à exprimer une vérité générale : le processus de la passion est toujours le même, il dépasse le cadre du JE.

- Jeu des pronoms de la 1ère personne : ex v 9 « Ainsi Amour inconstamment me mène »/ « Il me remet en mon premier malheur » v 14 : le pronom 1ère pers = placé en position COD : passivité. Le JE subit l’Amour. Même les verbes à la voix active des quatrains évoquent souvent des effets subis ‘sens passif). L’amour = une passion au sens étymologique du terme (chemin de croix, une souffrance, une torture).

- La syntaxe : effets de parallélisme, de symétrie. Nombreuses constructions binaires : « je me brûle et me noie »/ « et trop molle et trop dure »/ « je ris et je larmoie »/ « je sèche et je verdoie ». Ces constructions soulignent la dualité du sentiment amoureux.

Il est également possible de s’appuyer sur les sonorités (allitérations : répétition d’un même son consonantique et assonances : répétition d’un même son vocalique : harmonie imitative)/ les rimes (répétition d’un même son à la fin de deux vers/ il existe des rimes internes ou intérieures) :

- les allitérations en dentales et en [R] traduisent la souffrance, l’agression subie ex v 2 « J’ai chaud extrême en endurant froidure ».

- allitération en [s] qui traduit la passion

- assonance en [i] qui donne à entendre la douleur

Une fois ces premières pistes dégagées vous devez reprendre la lecture du texte et chercher à approfondir les analyses. Mais vous pouvez déjà réfléchir à une problématique (projet de lecture) et dégager des axes d’étude.

 

III – Analyse approfondie :

Premier quatrain :

- importance du pronom JE à l’entame du poème : il se trouve sous l’accent ce qui le met en relief, tout comme sa place.

- Forte présence de cette première personne : 3 occurrences en un seul vers

- Effet d’accumulation avec les verbes qui sont en outre antithétiques

- Nombreuses antithèses (associations d’idées contraires) pour décrire deux états contradictoires mais toujours paroxystiques : « extrême » v2/ anaphore de l’adverbe « trop » v 3 + adjectif « grands » au v 4. Il s’agit d’exprimer la puissance du sentiment, sa grande capacité dévastatrice.

- La coexistence de ces deux états est traduite par plusieurs procédés : la parataxe v1 « Je vis, je peurs »/ les associations permises par la conjonction « et »/ le gérondif « en endurant » qui indique une simultanéité/ le participe passé employé comme adjectif « entremêlé » qui permet de tisser les deux champs lexicaux du plaisir et de la souffrance.

- Ceci est renchéri par d’autres effets comme la rencontre à la rime des termes « me noie »/ « « de joie ».

- La rime « froidure »/ « dure » : le fait que le mot « dure » soit contenu dans le 1er amplifie la rime et confère à cette douleur un écho supplémentaire, écho lui-même soutenu, démultiplié par les allitérations en dentales et en [R]

- L’absence de coupe v 2, 3 et 4 souligne le caractère inéluctable de ces effets de l’amour

Deuxième quatrain :

Le 2nd quatrain poursuit le développement de la même idée : la dualité des effets de l’amour. On constate la reprise des mêmes procédés.

- toujours des antithèses : « je ris et je larmoie »

- rime « j’endure »/ « dure » = rime dérivative (fait rimer des mots de même racine/ famille) : toujours effet d’écho

- rime larmoie (douleur)/ « verdoie » : vie, plaisir pour mettre en relief la dualité

- simultanéité toujours soulignée : parallélisme « tout à un coup » v 5/ « tout en un coup » V 8/ « en plaisir … tourment j’endure » : le « En » suppose ici une inclusion

- pas de coupe non plus v 5 et 6 : pas de temps de répit entre les deux états + caractère inévitable de ces états.

- Assonance en (i] suggère la douleur

- Antithèse « s’en va »/ « à jamais il dure »

- Métaphore empruntée à la nature : « je sèche et je verdoie »

- Importance du terme « tourment » qui est proche ici de la torture.

Premier tercet :

Le 1er tercet s’ouvre par l’adverbe de manière « ainsi » (qui permet une analogie) : c’est un connecteur logique fort qui va éclairer le lecteur en introduisant le responsable de ces états. Il apporte une réponse à l’énigme posée jusque là par le poème. Le v 9 est donc un vers charnière qui annonce l’explication psychologique de l’amour.

- « Amour » v 10 est une allégorie (figure qui consiste à personnifier une idée abstraite, un concept ; elle est signalée par la majuscule. Ex : la Faucheuse pour la mort). L’amour est le seul maître

- ce que suggère les pronoms personnels de la 1ère personne employés en position COD « me mène » : passivité/ passion

- importance de l’adverbe de manière « inconstamment »

- v 9 allitération en [m] qui suggère l’amour et surtout un moment moins difficile que les précédents

- toujours pas de coupe ce qui traduit une situation inévitable/ c’est la définition même de l’amour

- l’amour est présenté comme imprévisible : le JE est le jouet de l’amour. Les v 10 et 11 développent, illustrent l’idée contenue par l’adverbe « inconstamment ».

Deuxième tercet :

- l’adverbe « puis » marque une succession. Il est mis en relief à l’entame du vers par l’effet de l’accent mais aussi par la coupe (la virgule). Il s’agit toujours de signifier combien l’amour est changeant.

- On peut noter le parallélisme de construction des v 10 et 12 : quand + je + pense/ crois + complément sous la forme d’une proposition subordonnée : il s’agit d’illustrer les erreurs de l’amour. La passion aveugle et empêche de faire preuve de discernement. Il s’accompagne d’une perte de contrôle. L’être amoureux se trouve comme dépossédé de ses facultés et de lui-même.

- Toujours passivité du Je d’ailleurs : « me » en position de COD

- Le préfixe répétitif « re » dans le verbe « remet » suggère un cercle vicieux

- Le poème s’achève sur le terme « malheur » mis en relief par sa position finale + l’accent et la rime.

Il convient de noter que l’amour est évoqué mais pas l’amant : il s’agit de l’amour en général. Il faut aussi ajouter que le fait que le poème s’organise autour de 4 rimes uniquement souligne le caractère obsessionnel de la passion amoureuse ; cela permet de traduire l’emprisonnement du sujet dans l’amour. Ce poème centré sur l’expression personnelle témoigne de l’envahissement de la passion amoureuse qui occupe le sujet amoureux, corps et âme (ce qui explique la construction du poème concret/ abstrait)

Bilan :

Si Louise Labé s’inspire du pétrarquisme : évocation du JE, lyrisme, thème de la douleur d’aimer, présence du personnage de l’Amour et des métaphores naturelles (eau, feu, plante), elle s’en émancipe également : absence de l’amant, peu de comparaisons élaborées, pas de vocabulaire abstrait mais lexique à connotation parfois érotiques (brûle, chaud, molle, dure, entremêlé, verdoie, sèche).

Elle exprime sa passion par les contradictions qu’elle orchestre. L’emploi d’un vocabulaire concret, et souvent sensuel, l’omniprésence du JE et les images hyberboliques ouvrent la voie à un nouveau lyrisme éloigné de Pétrarque, plus plaintif et plus centré sur lui-même.

 

Problématique : Nous nous intéresserons à la façon dont ce sonnet lyrique original exprime la dualité du sentiment amoureux ainsi que les désordres qui l’accompagnent :

Plan:

I – Un sonnet lyrique original

A - un sonnet lyrique

B – un lyrisme original

II – Une vision originale de l’amour dual

A – Un sentiment dual

B – Une passion dévastatrice


Travail personnel :

- revoir le cours et apprendre tout ce qui est notion ou définition

- s’imprégner de la méthode et préparer l’étude du texte de Pierre de Ronsard

- faire le travail de recherche.

- Préparer la L.A

 

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