Portrait Boule de Suif: correction de l'exercice d'entraînement au commentaire

Entraînement au commentaire littéraire : le portrait de Boule de Suif (rédiger un axe)


Après avoir évoqué le cadre normand de sa nouvelle « Boule de Suif » publiée en 1880, Maupassant en présente les personnages principaux, confinés dans une diligence pour fuir la guerre franco-prussienne. Il brosse ainsi le portrait de son héroïne éponyme, une « galante », euphémisme qui désigne une prostituée.
S'attachant initialement à la description de sa silhouette, il insiste sur les rondeurs à l'origine du surnom de la jeune femme. Il recourt, en effet, abondamment au champ lexical de l'embonpoint avec des termes comme « ronde », « grasse », « doigts bouffis » ou encore « peau luisante et tendue », autant de termes fréquemment suivis d'expansions nominales comme « de partout » ou « à lard » qui contribuent à amplifier cette impression de rondeur. Ces procédés confèrent au portrait une dimension hyperbolique que renchérit une expression comme « gorge énorme ». Il s'agit bien pour l'auteur de souligner cette générosité des formes, significative peut-être de la bonté du personnage.
Cependant, cet embonpoint se trouve valorisé. Les analogies alimentaires comme « les doigts bouffis » « pareils à des chapelets de courtes saucisses » qui font écho à l'expression « grasse à lard », peuvent apparaître comme une justification de sa grosseur, résultat d'un appétit conséquent, mais elles tendent surtout à présenter Boule de Suif comme une femme particulièrement « appétissante ». La générosité de ses formes l'offre, comme malgré elle, aux désirs des hommes, à leurs appétits. L'allitération en sifflantes [s] (Boule de Suif/ grasse/ saucisses/ saillant sous sa robe/ appétissante) tend à signifier combien cette rotondité génère une certaine sensualité, cette dernière culminant dans l'image de la bouche « humide pour le baiser ». La syntaxe, elle même, souvent ample, notamment par les énumérations de la seconde phrase, mime les replis du corps et l'amplitude de cette silhouette généreuse. L'appétit est, en outre, également suggéré par le gros plan final sur la bouche « meublée de quenottes luisantes et microscopiques » qui évoque la vitalité, le goût de vivre du personnage.
Boule de Suif est donc une belle femme ainsi que nous le découvrons lorsque le regard du narrateur se rapproche et livre des détails comme les « deux yeux noirs magnifiques », les « grands cils épais » et surtout cette « bouche charmante » « humide pour le baiser ». De même, les métaphores « Sa figure était une pomme rouge » ainsi qu' « un bouton de pivoine prêt à fleurir » insistent sur la fraicheur, physique mais aussi morale, de la jeune femme. La peau tendue et le corps ample font de Boule de Suif une femme radieuse, ce que confirment les deux occurrences de l'adjectif « luisante ». Encore jeune, elle n'a pas une ride. Mais ces analogies ont aussi pour vocation de la présenter comme un être simple, naturel, sans affectation. Elle ne fait pas de manières et elle semble vivre en harmonie avec elle-même.
Il convient toutefois de remarquer que la « pomme » constitue aussi une allusion à Eve et à la faute originelle, qui prend dans le contexte du portrait d'une « galante » une signification particulière. Boule de Suif semble ainsi marquée du sceau de la faute, ce qui pourrait expliquer l'attitude de mépris de son entourage. A cela s'ajoute la nuance introduite par les termes « noirs » « ombragés » et « ombre » qui rapproche ce tableau d'un clair-obscur. Tout semble, en effet, organisé dans ce portrait pour signifier que cette générosité des formes, cette fraicheur et cette sensualité naturelle, qui justifient qu'elle soit « appétissante et courue » par les hommes, constituent également une menace pour les autres femmes, mais aussi pour elle même. Ainsi se trouve-t-elle confrontée au silence et aux regards moqueurs et dédaigneux des autres passagers.

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